Une réserve de Bijagua mise sur la science et les tapirs pour restaurer un arbre menacé

L’exemple de Tapir Valley, dans le nord du Costa Rica, montre comment la recherche scientifique, la restauration forestière et la participation des communautés peuvent contribuer à protéger des espèces menacées. Dans cette réserve privée de Bijagua, le tapir de Baird joue un rôle essentiel dans la restauration du jícaro danto, un arbre endémique de la cordillère de Guanacaste dont la régénération naturelle est étroitement liée à la dispersion de ses graines par ce grand mammifère.

L’initiative associe le suivi de la faune sauvage, les expériences de germination et la restauration des habitats à des activités éducatives et à un modèle de tourisme à faible impact. Les résultats présentés par Mongabay Latam illustrent comment la conservation d’une espèce peut également bénéficier à d’autres formes de vie partageant son écosystème.

Tapir Valley : d’un ancien élevage bovin à un refuge pour la biodiversité

Située à Bijagua de Upala, dans la province d’Alajuela, Tapir Valley est une réserve privée de 104 hectares qui borde le parc national du volcan Tenorio. Le terrain, autrefois consacré à l’élevage bovin et à l’exploitation forestière, a progressivement été transformé en un espace dédié à la conservation de la biodiversité et à la restauration des écosystèmes.

La transformation a commencé au début des années 2000, lorsque Donald Varela, l’actuel propriétaire de la réserve, a découvert la richesse de l’avifaune présente sur la propriété. Il a ensuite décidé d’orienter le projet vers la protection de la biodiversité et la restauration des écosystèmes.

La réserve fait partie du corridor biologique Tenorio-Miravalles, un territoire destiné à favoriser la connectivité écologique entre différents espaces naturels du nord du Costa Rica. Cette connexion est importante pour les animaux qui doivent se déplacer entre plusieurs habitats pour se nourrir, se reproduire et trouver refuge.

Le jícaro danto, un arbre dont la survie dépend de la faune

L’un des projets scientifiques les plus importants de Tapir Valley est consacré à la restauration du jícaro danto (Parmentiera valerii), un arbre endémique de la cordillère de Guanacaste classé en danger d’extinction.

La survie de cette espèce est étroitement liée à la présence du tapir de Baird (Tapirus bairdii). En se nourrissant de fruits et en se déplaçant dans la forêt, ce mammifère transporte les graines et contribue à leur dispersion dans différents endroits.

L’équipe de recherche de la réserve a observé que les jeunes plants de jícaro danto apparaissaient fréquemment dans les zones où se trouvaient des excréments de tapir. Cette observation a conduit les chercheurs à étudier comment ce matériau organique pouvait être utilisé pour favoriser la germination des graines.

Selon les résultats présentés par l’équipe de Tapir Valley, les essais ont atteint un taux de germination allant jusqu’à 64 % dans certaines conditions expérimentales. Le procédé reposait sur l’utilisation de graines extraites des fruits et d’un substrat simple intégrant des excréments de tapir dans le processus de compostage.

Ce résultat constitue une avancée pour le projet, même s’il ne signifie pas que toutes les graines germent à ce taux dans des conditions naturelles. La germination dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’humidité, de la lumière, du sol et des conditions environnementales.

Plus de 7 000 arbres plantés pour favoriser la restauration

Les recherches ont également permis d’identifier certaines des conditions nécessaires au développement du jícaro danto. Selon l’équipe scientifique de la réserve, cet arbre a besoin d’ombre pendant ses premières phases de croissance et peut bénéficier de sols sableux situés à proximité des berges des rivières.

Ces connaissances permettent de sélectionner les sites de plantation les plus adaptés et d’augmenter les chances de survie des arbres une fois qu’ils sont établis.

Selon les informations publiées par Mongabay Latam en octobre 2026, l’initiative avait permis de planter plus de 7 000 jícaros danto dans la région, dont 623 poussaient au sein même de Tapir Valley.

Les recherches consacrées à cette espèce contribuent également à enrichir les connaissances scientifiques disponibles sur un arbre encore peu étudié. Comprendre ses besoins en matière de germination, de croissance et de régénération naturelle est essentiel pour élaborer des stratégies de conservation à long terme.

La restauration de cette espèce ne consiste pas uniquement à planter de nouveaux arbres. Elle nécessite également de préserver les habitats adaptés et de protéger les animaux qui contribuent aux processus naturels de régénération forestière.

Le suivi des tapirs permet de mieux connaître la faune locale

En plus de restaurer la végétation, Tapir Valley participe à des initiatives de suivi de la faune sauvage à l’aide de pièges photographiques. Ces dispositifs permettent de détecter des animaux difficiles à observer directement, notamment ceux qui sont discrets ou principalement actifs la nuit.

Ce suivi s’inscrit dans un effort plus large visant à mieux connaître la diversité de la faune du corridor biologique Tenorio-Miravalles. Selon le reportage de Mongabay Latam, les recherches menées dans la région avaient permis d’identifier 18 espèces de mammifères grâce aux pièges photographiques dans le cadre de cette initiative.

Le projet implique également des jeunes du Liceo de Bijagua, qui participent à l’installation et au suivi des dispositifs dans le cadre du programme Travesía Verde.

Cette participation permet aux élèves de découvrir la recherche scientifique, d’apprendre à identifier différentes espèces et de mieux comprendre les écosystèmes de leur communauté.

Les observations recueillies peuvent aider les chercheurs à déterminer quels animaux fréquentent certains secteurs du corridor, à identifier les zones importantes pour la faune et à orienter les futures actions de conservation. Toutefois, le nombre d’animaux détectés par les caméras ne correspond pas nécessairement au nombre total d’individus présents sur le territoire.

Une population de tapirs qui attire de nouveau l’attention

Le tapir de Baird est le plus grand mammifère terrestre du Costa Rica. Cette espèce menacée joue un rôle important dans le fonctionnement des forêts tropicales.

Le Système national des aires de conservation du Costa Rica (SINAC) souligne son rôle écologique dans la dispersion des graines et sa contribution à la régénération forestière. Sa protection est importante non seulement pour sa propre survie, mais aussi pour les processus naturels dont dépendent de nombreuses espèces végétales.

Dans le corridor biologique Tenorio-Miravalles, les tapirs étaient peu fréquents à la fin du XXe siècle. Selon les estimations rapportées par Mongabay Latam, au moins 50 individus ont désormais été recensés dans le corridor, dont 11 détectés à Tapir Valley.

Ces chiffres correspondent aux estimations communiquées par le projet et doivent être interprétés comme des estimations issues du suivi, et non comme un recensement exhaustif de tous les animaux présents dans la région.

La protection des tapirs peut également bénéficier indirectement à d’autres espèces. Comme ils ont besoin de vastes espaces pour se déplacer et trouver leur nourriture, leur conservation favorise la protection d’habitats utilisés par de nombreux autres organismes des forêts tropicales.

Un modèle touristique conçu pour réduire l’impact environnemental

La conservation d’un territoire nécessite des ressources pour financer la surveillance, la recherche, l’entretien des sentiers et la restauration des habitats. Pour contribuer à couvrir ces coûts, Tapir Valley a développé un modèle d’écotourisme qui limite le nombre de visiteurs et cherche à réduire les perturbations causées à la faune.

Selon les informations publiées sur la réserve, les visites se déroulent en groupes privés de huit personnes maximum. Un protocole de nettoyage et de désinfection des chaussures est également appliqué afin de réduire le risque d’introduire des organismes ou des agents pathogènes dans l’écosystème.

La réserve a recensé une diversité remarquable sur ses 104 hectares. Les inventaires mentionnés par Mongabay Latam comprennent 464 espèces d’oiseaux, 61 espèces de reptiles, 40 espèces d’amphibiens, 31 espèces de mammifères non volants et 20 espèces de chauves-souris.

Un autre résultat notable est la présence de Tlalocohyla celeste, une rainette décrite scientifiquement en 2022 et dont la présence connue est associée à cette zone.

Le modèle touristique comporte également une dimension sociale. La réserve travaille avec des guides locaux et offre un accès gratuit à ses installations aux habitants de Bijagua, dans le but de favoriser la participation de la communauté à la conservation de son environnement.

La protection de l’environnement est ainsi liée aux possibilités économiques locales et à une implication accrue des personnes vivant à proximité des espaces naturels.

Quand protéger une espèce contribue à préserver tout un écosystème

L’expérience de Tapir Valley illustre comment la conservation d’une espèce peut contribuer à protéger un réseau plus vaste de relations écologiques.

Dans ce cas, le tapir favorise la dispersion des graines du jícaro danto, tandis que la restauration de la végétation contribue à rétablir les conditions nécessaires au développement d’autres espèces. Le suivi scientifique permet d’étudier ces processus et d’adapter les mesures de conservation en fonction des résultats observés.

L’initiative montre également l’importance de combiner plusieurs approches : recherche biologique, restauration forestière, suivi de la faune, éducation à l’environnement et tourisme à faible impact.

Même si les résultats obtenus dans une réserve privée ne peuvent pas être automatiquement généralisés à tous les écosystèmes du pays, cette expérience apporte des informations utiles pour comprendre les défis et les possibilités de la conservation au Costa Rica.

La restauration du jícaro danto et la protection des tapirs rappellent que les forêts ne dépendent pas uniquement des arbres qui les composent. Elles ont également besoin des animaux, des micro-organismes et des processus naturels qui permettent aux écosystèmes de se régénérer.

À Bijagua, les recherches sur la relation entre un tapir et un arbre menacé contribuent à mieux comprendre cette connexion et à développer de nouveaux outils pour préserver la biodiversité du nord du Costa Rica.

Sources d’information

  • Mongabay Latam. « Tapir Valley: la reserva en Costa Rica donde la conservación de la danta permite recuperar el árbol endémico jícaro danto ». 17 octobre 2026.
  • Système national des aires de conservation (SINAC). Informations institutionnelles sur la conservation de la faune sauvage et le rôle écologique du tapir de Baird.
  • SINAC et Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Diagnostic des études réalisées à l’aide de pièges photographiques au Costa Rica (1998-mai 2015).
  • SINAC. Manuel de suivi participatif des vertébrés terrestres à l’aide de pièges photographiques au Costa Rica.
  • Groupe de spécialistes des tapirs de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Informations sur la conservation des tapirs et de leurs habitats.
  • Publication scientifique de 2022 consacrée à la description de la rainette Tlalocohyla celeste.

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