Des déchets agricoles à l’alimentation : transformer les résidus d’ananas en champignons comestibles

Ce qui est généralement considéré comme un déchet agricole peut devenir une matière première destinée à la production alimentaire. À San Carlos, un projet de recherche et de développement explore précisément cette possibilité : utiliser les résidus issus de la production d’ananas comme substrat pour cultiver des pleurotes.

Le projet constitue un exemple d’économie circulaire, dans lequel un sous-produit de l’activité agricole peut acquérir une nouvelle valeur avant de devenir un déchet.

L’initiative s’intéresse principalement à Pleurotus ostreatus, communément appelé pleurote ou champignon huître, une espèce comestible capable de se développer sur différents matériaux d’origine végétale.

Donner une seconde vie aux résidus d’ananas

La production d’ananas génère d’importantes quantités de biomasse qui ne sont pas toujours destinées à la commercialisation. Une partie de cette matière peut devenir un résidu agricole, ce qui pose des défis en matière de gestion et de valorisation.

L’Université technique nationale du Costa Rica étudie depuis plusieurs années la possibilité d’utiliser ces matériaux comme substrat pour produire des pleurotes à San Carlos.

Les recherches menées par l’institution portent notamment sur le développement de procédés de production et de conservation post-récolte permettant de cultiver des Pleurotus à partir de résidus provenant de la production d’ananas destiné à l’exportation. Les chercheurs ont également étudié la qualité du produit, sa conservation, sa commercialisation et ses applications culinaires.

Pourquoi utiliser les champignons pour valoriser les résidus agricoles ?

Les champignons du genre Pleurotus possèdent une caractéristique qui les rend particulièrement intéressants pour ce type de projet.

Ils sont capables de dégrader certains composants des matières végétales, notamment la lignine. Ainsi, certains résidus et sous-produits agricoles peuvent être utilisés comme substrats pour leur culture.

Les recherches menées par l’Université technique nationale indiquent que les pleurotes peuvent être cultivés à l’échelle commerciale à partir de résidus provenant de différentes activités agricoles et que la biomasse issue de la production d’ananas peut être valorisée grâce à un processus de biotransformation.

Cela crée un lien entre deux activités généralement considérées séparément : la production agricole et la production alimentaire à partir de biomasse résiduelle.

Une recherche commencée il y a plus de dix ans

L’idée n’est pas entièrement nouvelle.

Les projets de recherche développés par l’Université technique nationale sur son campus de San Carlos ont commencé à étudier cette possibilité dès 2012. Au fil des années, les travaux sont passés de l’étude de la faisabilité de la culture à l’analyse des possibilités de production à plus grande échelle.

Les recherches ont porté sur les conditions nécessaires à la production des champignons, le développement de modèles de production et de commercialisation, les protocoles de gestion post-récolte ainsi que les conditions de conservation.

Les chercheurs ont également étudié les caractéristiques sensorielles des champignons et leurs éventuelles applications culinaires, des éléments importants pour transformer un projet expérimental en activité productive.

Du laboratoire à une potentielle production agro-industrielle

L’un des principaux défis de ce type d’initiative consiste à passer de la recherche à un processus pouvant fonctionner de manière régulière et rester économiquement viable.

C’est pourquoi les chercheurs ont également travaillé sur des systèmes de gestion de la qualité et de la sécurité alimentaire destinés à une installation agro-industrielle spécialisée dans la production de pleurotes à partir de biomasse résiduelle issue de la production d’ananas à San Carlos.

Les travaux soulignent la nécessité de définir des conditions adaptées de production, de manipulation et de sécurité alimentaire pour pouvoir développer ce type d’initiative à une échelle agro-industrielle.

Un aliment présentant également un intérêt nutritionnel

Le projet ne se limite pas à la valorisation environnementale des résidus agricoles.

Le pleurote est un champignon comestible qui présente également un intérêt sur le plan nutritionnel. Une étude menée à l’Université technique nationale s’est notamment intéressée aux propriétés fonctionnelles et à la valeur nutritionnelle de Pleurotus ostreatus produit à partir de biomasse résiduelle provenant de la culture de l’ananas.

L’Université du Costa Rica travaille elle aussi depuis plusieurs années sur la recherche, la formation et la diffusion de connaissances liées à la production de champignons comestibles. Son Centre de recherches agronomiques a notamment indiqué que certains matériaux recyclés, comme la paille, la sciure, les résidus de café et les résidus d’ananas, peuvent être utilisés comme substrats.

Cela permet d’envisager un modèle dans lequel les résidus agricoles peuvent potentiellement être transformés non seulement en matière nécessitant une gestion, mais également en produit destiné à la consommation humaine.

L’économie circulaire appliquée à l’agriculture

Le projet constitue un exemple concret de l’application des principes de l’économie circulaire au secteur agricole.

Au lieu de suivre un modèle linéaire dans lequel une culture produit un aliment puis génère un déchet, l’objectif est de réintroduire ce résidu dans la chaîne de production.

Dans ce cas, la biomasse issue de la production d’ananas peut être utilisée comme substrat pour cultiver des champignons. Après la culture, la matière restante peut éventuellement conserver d’autres possibilités de valorisation, selon ses caractéristiques et le procédé utilisé.

L’Université EARTH a également étudié l’utilisation de différents résidus agro-industriels comme substrats pour la production de Pleurotus ostreatus, notamment des résidus d’ananas, de café et de noix de coco.

Une opportunité particulièrement intéressante pour San Carlos

San Carlos est l’une des importantes régions agricoles du Costa Rica et possède une activité significative liée à la production et à la transformation de l’ananas.

Développer des solutions permettant de valoriser les sous-produits de cette industrie pourrait avoir des conséquences à la fois environnementales et économiques pour la région.

Les recherches menées par l’Université technique nationale se concentrent précisément sur San Carlos et étudient non seulement la production des champignons, mais également leur commercialisation, leur conservation et leurs applications culinaires.

Cela pourrait ouvrir la voie à de nouvelles chaînes de valeur liées à l’agriculture locale, notamment si les procédés développés peuvent atteindre une échelle économiquement viable.

Une innovation à la croisée de l’agriculture, de l’alimentation et du développement durable

L’intérêt du projet réside notamment dans le lien qu’il crée entre plusieurs secteurs.

D’un côté, une activité agricole génère de la biomasse résiduelle. De l’autre, il existe une demande alimentaire et une possibilité de développer de nouveaux systèmes de production.

La culture des champignons peut ainsi servir de passerelle entre les deux.

L’expérience costaricienne montre également que ce type d’innovation nécessite du temps. Plus d’une décennie de recherche a permis d’étudier progressivement les conditions de production, les caractéristiques du produit et les possibilités de développement commercial.

Un modèle susceptible d’inspirer d’autres solutions

L’utilisation des résidus d’ananas pour produire des pleurotes constitue un exemple concret de la manière dont l’innovation peut chercher des solutions au sein même des systèmes de production existants.

Plutôt que de considérer la biomasse résiduelle uniquement comme un problème de gestion des déchets, elle peut être envisagée comme une ressource potentielle permettant de créer de nouveaux produits et de nouvelles activités économiques.

Pour une industrie agricole aussi importante que celle de l’ananas, trouver de nouveaux usages à ses sous-produits pourrait contribuer à une utilisation plus efficace des ressources et au développement de modèles de production plus circulaires.

Le travail réalisé à San Carlos montre ainsi comment la recherche scientifique, l’agriculture et l’entrepreneuriat peuvent se rejoindre dans un même processus : transformer des résidus agricoles en un aliment possédant une valeur économique et nutritionnelle.

Sources d’information

Université technique nationale du Costa Rica (UTN) — Recherches sur la production de Pleurotus ostreatus à partir de biomasse résiduelle issue de la culture de l’ananas à San Carlos.

Université du Costa Rica (UCR), Centre de recherches agronomiques — Informations sur la production de champignons comestibles et l’utilisation de résidus agricoles comme substrats.

Université EARTH — Recherches sur l’utilisation de résidus agro-industriels comme substrats pour la production de Pleurotus ostreatus.

Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (MAG) — Informations et publications techniques relatives à la production agricole, à la valorisation des ressources et aux systèmes alimentaires durables.

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