Une observation peu commune réalisée dans la péninsule d’Osa a permis aux scientifiques d’observer un comportement exceptionnel impliquant deux espèces marines.
Des chercheurs ont observé une tortue olivâtre (Lepidochelys olivacea) arriver sur la plage pour pondre ses œufs avec une rémora commune (Remora remora) fixée à sa carapace.
Le plus surprenant est que le poisson est resté accroché à la tortue pendant environ 19 minutes alors qu’elle se trouvait hors de l’eau, tandis que la femelle poursuivait son comportement habituel de construction du nid et de ponte.
La rencontre a eu lieu sur la plage de Pejeperro, dans la péninsule d’Osa, et a fait l’objet d’une étude scientifique publiée en juin 2026 dans la revue Frontiers in Marine Science.
Une rencontre inhabituelle hors de l’océan
Les rémoras sont des poissons connus pour se fixer à de grands animaux marins afin de se déplacer avec eux et de profiter de différentes opportunités alimentaires.
Ils utilisent un disque adhésif spécialisé situé au sommet de leur tête, qui leur permet de se fixer à différents animaux, notamment aux tortues marines, aux requins, aux raies, aux grands poissons et aux mammifères marins.
Ce type d’association est régulièrement observé dans l’océan. En revanche, il est beaucoup plus rare d’observer une rémora rester fixée à son hôte après que celui-ci est complètement sorti de l’eau.
L’observation réalisée à Pejeperro apporte ainsi un nouvel élément sur la capacité de ces espèces à maintenir leur association dans des conditions physiologiquement contraignantes.
La tortue a poursuivi son comportement habituel
La rencontre a eu lieu pendant une patrouille nocturne menée par des assistants de recherche de la Comunidad Protectora de Tortugas de Osa (COPROT), une organisation qui participe au suivi de la nidification des tortues marines sur la plage de Pejeperro.
Le 24 septembre 2025, vers 22 h 29, les chercheurs ont rencontré une femelle adulte de tortue olivâtre qui venait tout juste de sortir de l’océan.
Une rémora commune d’environ 28 centimètres de longueur était fixée sur le côté gauche de sa carapace.
Pendant les 19 minutes d’observation, le poisson est resté accroché à la tortue. Les chercheurs n’ont observé que de petits mouvements, principalement liés à l’ouverture et à la fermeture de ses opercules.
Pendant ce temps, la tortue a poursuivi normalement son comportement de nidification. Elle a finalement commencé à pondre vers 22 h 48.
Les chercheurs ont indiqué que la présence de la rémora ne semblait pas modifier le comportement de la tortue.
Une rémora capable de survivre hors de l’eau
L’un des aspects les plus intéressants de l’observation concerne l’état du poisson après plusieurs minutes passées hors de l’eau.
Lorsqu’une chercheuse s’est approchée pour retirer la rémora et la remettre dans l’océan, le poisson a commencé à modifier sa position sur la carapace de la tortue.
Une fois libérée, la rémora a continué à bouger et s’est rapidement éloignée après avoir été remise dans l’eau, ce qui indiquait qu’elle était toujours vivante malgré le temps passé hors de son environnement aquatique.
Les chercheurs estiment que ce type d’observation peut apporter des informations importantes sur la nature des associations entre les rémoras et leurs hôtes.
Une relation qui soulève encore des questions
La relation entre les rémoras et les animaux auxquels elles se fixent continue de faire l’objet de recherches scientifiques.
Traditionnellement, les scientifiques considèrent que les rémoras bénéficient de ces associations en utilisant les autres animaux comme moyen de transport et en réduisant ainsi l’énergie nécessaire à leurs déplacements.
Cependant, la nature écologique exacte de ces relations n’est pas toujours clairement établie. Les scientifiques ont notamment suggéré que ces associations peuvent aller d’interactions relativement temporaires à des relations plus étroites.
L’étude menée à Pejeperro souligne qu’il existe encore peu de connaissances sur la stabilité, la fréquence et les facteurs déterminant ces associations.
Documenter des comportements inhabituels comme celui-ci peut donc contribuer à mieux comprendre l’écologie des rémoras et de leurs hôtes.
Playa Pejeperro, un site important pour la nidification
Cette observation met également en évidence l’importance de Playa Pejeperro comme site de nidification des tortues marines.
La plage fait partie du Refugio Nacional de Vida Silvestre Mixto Pejeperro, situé dans la péninsule d’Osa.
Selon les documents du Système national des aires de conservation (SINAC), les plages de Pejeperro, Piro, Río Oro et Carate font partie des zones de nidification des tortues marines dans cette partie de la péninsule.
Plusieurs espèces y sont recensées, notamment la tortue olivâtre, la tortue verte, la tortue imbriquée et la tortue luth.
Les études du SINAC identifient la tortue olivâtre comme l’espèce représentant la plus grande proportion des nids recensés sur ces plages.
L’importance de protéger les plages de nidification
Les tortues marines dépendent des plages durant une étape fondamentale de leur cycle de vie. La conservation de ces espaces est essentielle pour permettre aux femelles de revenir sur le littoral, de construire leurs nids et de se reproduire.
Au Costa Rica, cinq espèces de tortues marines utilisent les côtes nationales pour pondre : la tortue olivâtre, la tortue verte, la tortue imbriquée, la tortue luth et la tortue caouanne.
Le SINAC identifie plusieurs menaces importantes pour ces espèces, notamment le prélèvement illégal des œufs, les captures accidentelles liées à la pêche, la perte des habitats de nidification, l’aménagement côtier mal planifié, l’érosion et la gestion insuffisante de certaines activités touristiques.
La conservation des plages de nidification implique donc de protéger à la fois les tortues et les écosystèmes côtiers dont elles dépendent.
Une petite découverte au véritable intérêt scientifique
La rencontre entre la tortue olivâtre et la rémora peut sembler au premier abord être une simple curiosité du monde marin. Pour les chercheurs, elle représente pourtant bien davantage.
Les observations de comportements inhabituels permettent d’enrichir les connaissances scientifiques sur des espèces dont de nombreux aspects écologiques restent encore à découvrir.
Dans ce cas précis, le fait qu’une rémora soit restée fixée à une tortue marine alors que celle-ci se trouvait hors de l’eau offre une occasion d’étudier la durée et les conditions dans lesquelles ces associations peuvent se maintenir.
Cette observation démontre également l’importance des programmes de suivi réalisés régulièrement sur les plages de la péninsule d’Osa.
Dans des écosystèmes aussi riches en biodiversité que ceux d’Osa, même une observation apparemment anodine peut apporter une pièce supplémentaire à la compréhension de la vie marine.
La biodiversité d’Osa continue de révéler ses secrets
La péninsule d’Osa est reconnue pour son exceptionnelle biodiversité et pour l’importance de ses écosystèmes terrestres, côtiers et marins.
Ses plages, ses forêts, ses mangroves et ses eaux côtières abritent de nombreuses espèces, dont certaines sont menacées ou présentent une importance particulière pour la conservation.
L’observation réalisée à Pejeperro rappelle que certains comportements et certaines relations écologiques peuvent encore passer inaperçus, même chez des espèces relativement bien connues.
Voir une tortue olivâtre revenir sur la plage avec une rémora fixée à sa carapace constitue non seulement une scène remarquable de la nature, mais démontre également tout ce qu’il reste à découvrir sur les relations complexes qui relient les espèces marines entre elles.
Sources d’information
Frontiers in Marine Science — Bullock, M. J., Peña Eisele, V. et Yeager, E. A. (2026). Documentation of remora (Remora remora) attachment to a nesting olive ridley sea turtle (Lepidochelys olivacea) in Playa Pejeperro, Costa Rica.
Sistema Nacional de Áreas de Conservación (SINAC) — Informations et documents sur le Refugio Nacional de Vida Silvestre Mixto Pejeperro et les sites de nidification des tortues marines dans la péninsule d’Osa.
SINAC – Programa Nacional de Monitoreo Ecológico (PRONAMEC) — Protocole de suivi écologique des plages de nidification des tortues marines au Costa Rica.
Área de Conservación Guanacaste (ACG) — Informations scientifiques sur la tortue olivâtre (Lepidochelys olivacea) et les processus de nidification sur la côte Pacifique du Costa Rica.







