Le Costa Rica s’apprête, pour la première fois, à disposer d’une mesure globale de l’état de la durabilité des entreprises ainsi que de la durabilité sociale et environnementale dans le pays. L’initiative vise à dépasser les perceptions et la reconnaissance internationale afin de disposer de données nationales permettant de comprendre comment les entreprises progressent réellement et quelles sont les principales lacunes qui subsistent.
Le projet, baptisé État de la durabilité au Costa Rica 2026, est porté par le Conseil national pour la durabilité (CNS) et vise à établir une référence nationale qui pourra être utilisée pour comparer les progrès et orienter les décisions futures.
Une photographie nationale de la durabilité
L’étude cherche à analyser la durabilité sous différents angles et à ne pas se limiter aux grandes entreprises qui disposent déjà de politiques ou de rapports spécialisés.
L’initiative prévoit la participation d’entreprises de différentes tailles et de différents secteurs économiques, ainsi qu’une consultation des consommateurs. Selon les informations communiquées par le CNS, le projet prévoit la participation d’environ 100 entreprises et de plus de 600 consommateurs dans tout le pays.
La première étape a déjà inclus des entretiens et des consultations avec des représentants du secteur public, des entreprises, du monde universitaire et de la société civile. Les politiques, programmes et actions liés à la durabilité actuellement développés dans le pays ont également été analysés.
L’objectif est d’obtenir une vision plus large de la réalité du secteur entrepreneurial costaricien et de déterminer quelles pratiques sont déjà intégrées, lesquelles rencontrent encore des difficultés et quels facteurs pourraient accélérer la transition vers des modèles économiques plus durables.
Que signifie mesurer la durabilité des entreprises ?
La durabilité des entreprises ne se limite plus aux initiatives environnementales ou aux programmes de responsabilité sociale. Ces dernières années, le concept s’est élargi pour inclure les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance, connus sous le sigle ESG.
Cela peut notamment inclure la gestion des émissions et des ressources naturelles, les conditions de travail, les relations avec les communautés, l’égalité des chances, la gestion des risques, la transparence et la manière dont les décisions sont prises au sein d’une organisation.
Le gouvernement du Costa Rica dispose lui-même de systèmes d’information qui rassemblent des indicateurs sociaux, économiques et environnementaux afin d’analyser le développement durable du pays. Le Système d’indicateurs sur le développement durable (SIDES), administré par le Mideplan, rassemble des informations provenant notamment de l’INEC, de la Banque centrale, du ministère des Finances, du ministère de l’Éducation et du ministère de la Santé.
La nouvelle mesure consacrée aux entreprises cherche à apporter une perspective différente : comprendre comment la durabilité se traduit concrètement dans le fonctionnement des entreprises et quelle importance elle revêt pour ceux qui produisent, investissent et consomment.
Un manque d’informations qui persiste
L’un des principaux arguments à l’origine de cette étude est le manque d’informations nationales comparables couvrant l’ensemble du secteur entrepreneurial.
Les rapports de durabilité existants se concentrent généralement sur les grandes entreprises qui disposent déjà de structures spécifiques pour mesurer et communiquer leurs impacts. Il est ainsi plus difficile de connaître la situation des petites et moyennes entreprises, qui représentent une part importante du tissu productif national.
C’est pourquoi l’un des objectifs de la recherche sera d’inclure des entreprises présentant différents niveaux d’avancement. Il ne s’agit pas seulement de connaître les expériences des organisations qui disposent déjà de stratégies de durabilité développées, mais également d’identifier les obstacles rencontrés par celles qui commencent tout juste leur démarche.
Ces informations pourraient permettre de déterminer si les difficultés sont liées aux coûts, au manque de connaissances, à l’accès aux technologies, à la disponibilité des données, aux capacités internes ou à l’absence d’incitations.
La durabilité entre également dans les décisions financières
L’importance de mesurer ces aspects a augmenté à mesure que les critères de durabilité sont devenus plus directement liés aux informations financières et à la gestion des risques.
Le Costa Rica a adopté les normes IFRS S1 et IFRS S2 relatives à la publication d’informations financières sur la durabilité. La norme IFRS S1 établit des exigences générales pour la communication d’informations sur les risques et opportunités liés à la durabilité, tandis que la norme IFRS S2 se concentre spécifiquement sur les risques et opportunités liés au climat.
Ces normes visent à garantir que les informations soient pertinentes, comparables, vérifiables et utiles aux personnes prenant des décisions économiques et financières.
Au Costa Rica, le cadre réglementaire du système financier prévoit également l’intégration des nouvelles normes IFRS dans les règles applicables aux entités supervisées, avec des dispositions dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2028 selon la version actuelle du Règlement sur l’information financière du CONASSIF.
Cela signifie que la durabilité cesse progressivement d’être uniquement un élément associé à l’image de l’entreprise pour devenir également une question liée à la gestion des risques, à la transparence et à l’information financière.
Que pourrait révéler l’étude ?
L’une des principales contributions attendues de l’État de la durabilité 2026 sera d’établir une référence permettant de mesurer l’évolution du pays au cours des prochaines années.
Les informations pourraient notamment aider à répondre à des questions telles que : quels sont les secteurs économiques les plus avancés, quels sont les principaux obstacles à l’intégration des critères ESG, quelles pratiques sont les plus répandues et quelle importance les consommateurs accordent-ils à la durabilité ?
L’étude permettra également d’observer les éventuelles différences entre les grandes, moyennes et petites entreprises. Cela est particulièrement important pour éviter que la mesure de la durabilité ne se limite aux entreprises disposant des ressources nécessaires pour produire des rapports spécialisés.
Le Conseil national pour la durabilité estime que le fait de disposer de données propres au pays permettra d’identifier plus précisément les progrès et les lacunes et de contribuer à une prise de décision mieux informée.
De la réputation aux données
Depuis plusieurs décennies, le Costa Rica bénéficie d’une forte réputation internationale en matière environnementale. Toutefois, une image internationale positive ne permet pas nécessairement de connaître la réalité de l’ensemble du secteur entrepreneurial.
C’est pourquoi cette première mesure cherche à fournir un outil différent : une photographie nationale fondée sur des données, les perceptions des entreprises et les opinions des consommateurs.
L’objectif ne sera pas seulement de savoir combien d’entreprises disposent d’une stratégie de durabilité, mais également de comprendre ce que cette stratégie signifie dans la pratique, quels résultats elle produit et quels obstacles empêchent d’aller plus loin.
Les résultats de l’État de la durabilité au Costa Rica 2026 permettront ainsi d’établir un point de départ pour évaluer plus précisément l’évolution de la durabilité des entreprises, ainsi que la durabilité sociale et environnementale dans le pays.







