Une menace silencieuse qui affecte des milliers d’animaux chaque année
Le Costa Rica a franchi une nouvelle étape dans la protection de sa biodiversité avec la mise en œuvre d’une stratégie nationale visant à réduire les électrocutions de la faune causées par les infrastructures électriques. Cette initiative répond à un problème environnemental qui provoque depuis des années la mort ou des blessures graves chez des milliers d’animaux à travers le pays.
Les singes hurleurs, les paresseux, les écureuils, les oiseaux, les opossums et d’autres espèces arboricoles figurent parmi les principales victimes des lignes électriques et des transformateurs traversant les corridors biologiques, les zones urbaines et les régions en développement touristique.
Cette nouvelle stratégie vise à coordonner les efforts des institutions publiques, des compagnies d’électricité, des organisations environnementales et des communautés locales afin de réduire significativement ces incidents et de favoriser une meilleure coexistence entre infrastructures et conservation de la nature.
Une menace croissante pour la faune costaricienne
L’expansion urbaine, le développement des infrastructures et la fragmentation des forêts ont accru les risques pour de nombreuses espèces sauvages.
Lorsque les animaux se déplacent entre des arbres séparés par des routes, des quartiers résidentiels ou des zones déboisées, ils utilisent souvent les câbles électriques comme s’il s’agissait de branches naturelles. Ce comportement augmente considérablement le risque d’électrocution.
Selon les données citées par le ministère de l’Environnement et de l’Énergie (MINAE), les entreprises de distribution électrique ont signalé environ 6 700 cas d’électrocution d’animaux sauvages en 2024, ce qui illustre l’ampleur du problème et la nécessité d’adopter des mesures préventives à l’échelle nationale.
La stratégie nationale : prévention, surveillance et adaptation des infrastructures
Le nouveau plan comprend une série de mesures techniques destinées à réduire les points de danger pour la faune.
Parmi les actions déjà mises en œuvre ou prévues dans les années à venir figurent :
- L’isolation et la protection des lignes électriques dans les zones critiques.
- L’installation de passages aériens pour la faune.
- L’adaptation des transformateurs et des poteaux électriques.
- L’identification des corridors biologiques prioritaires.
- La mise en place de systèmes de surveillance et de signalement.
- Le renforcement de la coopération entre les compagnies d’électricité et les autorités environnementales.
Plusieurs coopératives et fournisseurs d’électricité ont déjà commencé à élaborer des guides techniques afin d’identifier les zones à risque et de mettre en place des protocoles de prévention plus efficaces.
Les singes hurleurs à l’origine d’une prise de conscience accrue
La problématique a gagné en visibilité en raison de l’augmentation des cas touchant les singes hurleurs, notamment dans les régions où le développement urbain a fragmenté les habitats forestiers.
Ces dernières années, les organisations de sauvetage de la faune et les groupes de conservation ont documenté de nombreux cas d’électrocution liés aux infrastructures électriques. Cette situation a même conduit la Cour constitutionnelle du Costa Rica à exiger des mesures correctives dans certaines régions du pays.
Les spécialistes expliquent que les câbles électriques apparaissent souvent aux primates comme une extension naturelle de la canopée forestière, ce qui explique la fréquence des accidents lorsqu’ils tentent de passer d’un fragment de forêt à un autre.
L’importance des corridors biologiques
L’un des éléments essentiels pour réduire la mortalité de la faune consiste à maintenir la connectivité écologique.
Les corridors biologiques permettent aux animaux de se déplacer en toute sécurité entre différentes zones forestières sans avoir recours à des infrastructures humaines telles que les routes, les ponts ou les lignes électriques.
Depuis plusieurs années, le Costa Rica développe un réseau national de corridors biologiques qui joue un rôle fondamental dans la conservation des espèces et dans la réduction des conflits entre la faune et les activités humaines.
Conservation et développement peuvent avancer ensemble
Cette stratégie nationale vise également à démontrer que croissance économique et protection de l’environnement ne sont pas incompatibles.
L’adaptation des infrastructures électriques représente un investissement bénéfique à la fois pour la biodiversité et pour les communautés, en réduisant les interruptions de service, en améliorant la sécurité et en renforçant l’image environnementale du pays.
Cette approche s’inscrit dans la continuité de la réputation internationale du Costa Rica en matière de conservation, de restauration des écosystèmes et de développement durable.
Un effort qui nécessite la participation de tous
Les experts s’accordent à dire que la réduction des électrocutions de la faune ne dépend pas uniquement des institutions publiques.
La participation citoyenne à travers le signalement des incidents, la protection des arbres urbains, le soutien aux projets de connectivité écologique et l’éducation environnementale joue également un rôle essentiel.
La collaboration entre les communautés, les municipalités, les compagnies d’électricité et les organisations de conservation sera déterminante pour obtenir des résultats durables.
Une étape importante pour la biodiversité nationale
Le lancement de cette stratégie constitue l’un des efforts les plus ambitieux entrepris au Costa Rica pour lutter contre une menace qui est longtemps restée relativement invisible.
Au-delà de la réduction des statistiques, l’objectif est de préserver des milliers d’animaux sauvages qui font partie du patrimoine naturel du pays et de garantir que les infrastructures de demain soient davantage compatibles avec la protection de la faune.
Cette initiative reflète une tendance croissante vers des modèles de développement intégrant la préservation de la biodiversité comme un élément fondamental de la planification nationale.
Sources officielles recommandées
- Système National des Aires de Conservation (SINAC)
- Ministère de l’Environnement et de l’Énergie (MINAE)
- Institut Costaricien de l’Électricité (ICE)
- Commission Nationale pour la Gestion de la Biodiversité (CONAGEBIO)
- Programme National des Corridors Biologiques
- Entreprises de distribution électrique du Costa Rica







