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Finca 6 et les sphères de pierre de Diquís : histoire et biodiversité du sud du Costa Rica

La richesse biologique de la zone sud et de la zone d’Osa

En août, j’ai voyagé dans la région sud, selon un itinéraire plus serré que je ne l’aurais souhaité, visitant Golfito, Golfo Dulce, Puerto Jiménez, Sierpe et San Vito.

La zone sud du Costa Rica et la péninsule d’Osa abritent environ 2,5 % de la biodiversité mondiale. Ce fait est d’autant plus remarquable que le Costa Rica, qui ne représente que 0,03 % des terres émergées, possède 5,6 % de la biodiversité mondiale ; autrement dit, près de la moitié de la richesse biologique totale du pays est concentrée dans cette région.

2. Le passé de la banane et l’origine de « Finca 6 »

L’exode des bananes et l’arrivée de la United Fruit Company

Finca 6 tire son nom du passé bananier de la région Sud. En 1938, le premier exode commença des plantations des Caraïbes ravagées par la « maladie de Panama », un champignon mortel (Fusarium oxysporum f. sp. cubePour la United Fruit Company, les terres du Sud offraient un nouveau sol où le champignon n’était pas encore arrivé.

Développement de la zone américaine et démantèlement de 1985

En 1940, la United Fruit Company commença à aménager son enclave. Le modèle de cette compagnie bananière s’apparentait à celui d’un pays dans le pays. La jungle luxuriante de la péninsule et du golfe fut déboisée pour faire place aux plantations de bananes. Parallèlement, la United Fruit Company entreprit la construction d’un vaste réseau ferroviaire, de villages, d’écoles et d’un hôpital, en plus de son propre port maritime. Cette zone de développement était connue sous le nom de Zone Américaine, et portait le nom administratif de Golfito.

Ainsi, des années 1940 aux années 1970, Golfito prospéra grâce aux plantations de bananes et à l’exportation de ces fruits vers les marchés internationaux. En 1970, de nouvelles maladies commencèrent à ravager les cultures et les plantations de la région sud. La United Fruit Company maintint ses activités dans le Pacifique Sud ; cependant, dans les années 1980, elle dut faire face non seulement aux maladies, mais aussi aux syndicats et à l’intervention de gouvernements plus actifs et participatifs dans les décisions du pays. Après une grève de 75 jours en 1984, la United Fruit Company décida finalement de démanteler ses activités, ce qui aboutit à son départ brutal du pays en 1985.

C’est précisément de ce passé de culture de bananes que la Finca 6 tire son nom, étant la sixième ferme sur un total de vingt qui ont été nommées par des numéros.

Découverte et préservation du site archéologique

Les sphères et le site archéologique de Finca 6 ont été découverts dans les années 1930 ; de telles découvertes étaient assez fréquentes lors des travaux de terrassement. Finca 6 a cependant eu la grande chance que ses sphères ne soient ni dynamitées ni utilisées comme ornements pour les maisons de la Zone américaine ou d’autres régions du pays.

La culture Diquís et l’origine des sphères de pierre

Les sphères de pierre du Costa Rica sont des monolithes créés par la culture Diquís, l’une des sociétés précolombiennes les plus avancées et complexes de ce qui est aujourd’hui le territoire costaricien. Leur nom provient de la langue boruca et signifie « grandes eaux », en référence au puissant fleuve Térraba (ou Diquís) qui domine le paysage du Pacifique Sud.

Apogée, organisation de la chefferie et maîtrise de l’orfèvrerie

Leur période de plus grande prospérité se situe entre 700 et 1530 apr. J.-C. Leur société était organisée autour de chefferies, le chef exerçant la fonction de principal dirigeant politique et administratif, tandis que les chamans officiaient comme chefs religieux. Bien que leurs sphères de pierre monolithiques soient leur création la plus célèbre, les Diquís étaient également d’habiles orfèvres, agriculteurs, chasseurs et pêcheurs.

Le déclin de la société précolombienne

Son déclin est étroitement lié à l’arrivée des Espagnols et aux épidémies de nouvelles maladies, contre lesquelles les habitants du Nouveau Monde n’avaient ni défenses ni infrastructures pour lutter.

4. Le fleuve Diquís (Térraba) et les vallées fertiles

Importance géographique et zone humide nationale de Térraba-Sierpe

Diquís est l’un des noms donnés au fleuve Térraba, le plus grand, le plus long et le plus abondant du Costa Rica. Long d’environ 160 kilomètres, son immense bassin versant couvre près de 5 000 kilomètres carrés dans la région de Brunca. En langue d’origine, Diquís signifie littéralement « Grande Eau ». Le fleuve Térraba prend sa source à la confluence des fleuves General et Coto Brus et se jette dans l’océan Pacifique, formant la zone humide nationale de Térraba-Sierpe, un site Ramsar figurant parmi les plus importants du continent.

Sédimentation, déforestation et impact sur le patrimoine archéologique

À l’époque précolombienne, les plaines et leurs rives étaient choisies par les populations autochtones comme voies de navigation, sources de nourriture et points d’accès pour les systèmes d’irrigation et d’approvisionnement en eau potable. Cependant, le fleuve lui-même a enfoui des sites archéologiques sous les sédiments charriés par les crues et les hautes eaux.

Lorsque la Compagnie bananière arriva dans la zone sud, des sites comme la Finca 6 furent entièrement enfouis. Les travaux de déforestation et de terrassement ayant mis au jour les sphères furent rarement signalés ; les sphères et les monticules étaient généralement déplacés pour décorer les maisons de la zone américaine, voire dynamités, car la découverte d’un site archéologique impliquait l’arrêt des travaux agricoles pour le recensement et l’inventaire des objets.

Je trouve intéressant de penser que le même fleuve qui nourrissait autrefois la culture Diquís a enfoui ses dépôts comme pour les protéger des activités de l’industrie bananière, pour laquelle ces objets avaient peu de valeur culturelle ou historique comparée à la valeur de la terre travaillée pour leur production.

En tout cas, même aujourd’hui certaines des sphères restent enfouies bien qu’elles soient clairement identifiées car, selon la gravité de la saison des pluies, la zone du musée Finca peut être inondée, selon Carlos Morales, anthropologue du musée Finca 6, la politique générale du musée est de ne pas déplacer les objets et leur lieu de découverte à moins que cela ne soit extrêmement nécessaire, car cela signifierait la destruction de leur contexte.

Le calendrier de pierre et l’alignement du soleil. 

Preuve en est, et l’une des caractéristiques les plus fascinantes de Finca 6 : c’est l’un des rares endroits où les sphères ont été conservées à leur emplacement d’origine. Les sphères principales de la place publique sont disposées en parfaits alignements qui coïncident avec…passage du soleil au zénithCe phénomène astronomique, où le soleil se trouve directement au point culminant du ciel et où les objets cessent de projeter des ombres, se produit dans cette région exactement deux fois par an :

  • À la mi-avril(aux alentours du 10-15 avril).
  • Fin août(aux alentours du 28-30 août).

Durant ces jours, l’alignement des sphères coïncide avec la course du soleil au millimètre près. Pour la culture Diquís, ce spectacle visuel et mathématique n’était pas une simple coïncidence, mais un outil de survie. Ces dates marquaient des étapes cruciales de leur calendrier agricole : la transition entre la saison sèche et la saison des pluies, indiquant à la communauté le moment précis de commencer les semailles et les récoltes sur les rives fertiles de la « Grande Eau ».

Costa Rica de Mésoamérique.

La visite de Finca 6 m’a permis de voir les sphères de pierre que j’admire depuis longtemps dans leur contexte, leur construction m’ayant toujours fascinée dans son cadre historique et géographique. Le Costa Rica, en tant que pays, a une histoire récente. L’histoire qui nous est enseignée à l’école date principalement de l’époque coloniale, lorsque les colons européens ont façonné et domestiqué (assujetti) la forêt tropicale et ses habitants originels.

Le Costa Rica, au cœur du continent, tel un isthme reliant deux masses continentales, fut non seulement un pont pour l’échange de la faune et de la flore, mais aussi pour le passage et l’échange des cultures amérindiennes. Nous sommes un continent amnésique, et la modernité ainsi que l’esprit occidental de développement, à l’origine de grands progrès dans les domaines de la science, de la culture et des droits humains, sont aussi largement responsables de la dégradation de l’environnement et de la disparition de cultures et de civilisations entières.

La Finca 6 se situe à environ 7 kilomètres du carrefour de Palmar Norte, sur la route des marais de Sierpe. Bien qu’il s’agisse d’un petit musée et que les sites archéologiques ne soient pas monumentaux, pour les passionnés d’histoire, c’est un lieu qui incarne une autre époque – ancienne, sauvage, pleine de mystère – qui semble géographiquement proche, compréhensible, presque intime, et pourtant à la fois lointain et inaccessible, soulevant plus de questions que de réponses.

Le sud est lointain, mais il récompense ceux qui s’y rendent. Finca 6 est un musée à découvrir à un rythme lent et contemplatif. Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 8h00 à 16h00.

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